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BTP au Sénégal : La grande paralysie
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BTP au Sénégal : La grande paralysie

350 milliards de dette et un chiffre d'affaires en chute de 12,9% : le secteur qui pèse 4% du PIB suffoque

Actunova Actunova
2 février 2026
3 min lecture
Dans les hangars du Consortium d'Entreprises du Sénégal à Dakar, les machines sont immobilisées. Un ouvrier désigne la perceuse et la fraiseuse : « Rien ne fonctionne. » Cette scène résume la crise aiguë du BTP sénégalais. La dette intérieure se chiffre à plus de 350 milliards FCFA, les chantiers s'arrêtent, les licenciements s'accumulent. Un an après l'arrivée du nouveau gouvernement, le resserrement budgétaire frappe de plein fouet un secteur vital. L'économie réelle paye cash l'ajustement financier.

Ce qui se passe

Le chiffre d'affaires du secteur de la construction a chuté de 19,6% en un an, selon l'Agence nationale de la statistique. En 2025, la baisse atteint 12,9%.

Au Consortium d'Entreprises du Sénégal, le carnet de commandes est passé de 140 milliards à 20 milliards FCFA en 11 mois. Les effectifs fondent.

Au premier trimestre 2025, les arriérés dus au secteur du bâtiment atteignent 105,2 milliards FCFA. Mais le total cumulé dépasse largement ce montant.

Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé un premier décaissement de 62 milliards FCFA. Un deuxième de 66,7 milliards est prévu dans la Loi de Finances 2025. Total : 128,7 milliards. Reste à payer : plus de 220 milliards.

L'audit foncier lancé par le gouvernement a gelé de nombreux projets, notamment à Dakar. Les entreprises mettent leurs employés en chômage technique ou licencient.

Pourquoi ça arrive

La tempête résulte de trois chocs simultanés.

Premier choc : l'héritage budgétaire. La découverte de dettes cachées oblige le gouvernement à un ajustement brutal. L'État coupe dans les investissements publics. Le BTP, dépendant à 70% de la commande publique, prend de plein fouet.

Deuxième choc : les impayés structurels. Les majors du BTP sénégalais comme la CSE, le CDE et Eiffage occupent le trio de tête des créanciers de l'État. Ces entreprises ont préfinancé des projets publics pendant des années. Leurs trésoreries sont exsangues.

Troisième choc : l'audit foncier. Lancé pour assainir le secteur, il bloque paradoxalement les projets. Les promoteurs immobiliers attendent la clarification. Les chantiers restent suspendus.

Qui gagne, qui perd

Les perdants immédiats : Le secteur emploie entre 500 000 et 600 000 personnes, incluant maçons, menuisiers, ferronniers, électriciens. Des milliers sont au chômage technique. Des dizaines de milliers ont été licenciés.

Les fournisseurs de matériaux subissent le contrecoup. Les cimenteries tournent au ralenti. L'arrêt des projets BTP entre 2024 et 2025 a causé un manque à gagner de plus de 11 milliards FCFA pour l'État en recettes fiscales.

Les jeunes diplômés des écoles d'ingénieurs trouvent difficilement des débouchés. Le secteur, traditionnellement pourvoyeur d'emplois, devient pourvoyeur de chômeurs.

Impact macroéconomique : Le secteur pourrait contribuer jusqu'à 7% du PIB si la commande publique était mieux distribuée aux entreprises nationales. Aujourd'hui, il stagne à 4%. Chaque point perdu représente des dizaines de milliards de richesse non créée.

Les gagnants paradoxaux : Les entreprises étrangères maintiennent certains projets grâce à des financements bilatéraux. Elles captent la majorité des grands chantiers pendant que les entreprises nationales asphyxient.

L'effet domino : La baisse d'activité réduit les revenus des ménages. La consommation recule. L'inflation persistante à 2,9% en novembre 2025 érode le pouvoir d'achat. L'économie entre dans un cercle vicieux.