Cette débâcle n'est pas une surprise. C'est l'aboutissement d'une logique.
Depuis 2021, la junte malienne a construit son récit sur trois piliers : chasser les Français, inviter les Russes, restaurer la souveraineté. Elle a exigé le départ de Barkhane en 2022, puis de la mission de l'ONU (MINUSMA) en 2023, avant de rejoindre l'Alliance des États du Sahel (AES) en janvier 2025 avec le Burkina Faso et le Niger.
Mais ce récit ignorait les fondamentaux. Depuis 2023, les pertes civiles liées aux forces de sécurité maliennes et à leurs supplétifs russes ont dépassé celles attribuées aux groupes jihadistes. Le JNIM a exploité les violences de la junte contre les populations pour élargir son influence et son recrutement.
L'Africa Corps, elle, s'est révélée incapable de tenir le terrain. Djenabou Cissé, experte citée par France 24, est directe :
"La reprise de Kidal en novembre 2023 constituait le seul véritable succès opérationnel des supplétifs russes. Sa perte vient ébranler l'image de la Russie en tant que partenaire de sécurité fiable."
La fracture se lit aussi dans les rangs maliens. "Les Russes nous ont trahis à Kidal", a confié à RFI un officiel malien, affirmant que le gouverneur de la région avait prévenu les mercenaires "trois jours avant l'attaque, et ils n'ont rien fait".
Magdalena Gudzowska, chercheuse spécialiste de la région, résume l'enjeu : "Le Mali était présenté comme un modèle pour l'Africa Corps dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Burkina Faso et le Niger. La perte de Kidal inverse cette prémisse."