ActuNova Logo
Sénégal : face aux féminicides, une prise de conscience tardive mais réelle
divers

Sénégal : face aux féminicides, une prise de conscience tardive mais réelle

Au moins 18 femmes tuées en 2025, une société qui commence à se réveiller

Actunova Actunova
26 mars 2026
3 min lecture
Longtemps relégués au rang de faits divers, les féminicides s’imposent désormais dans le débat public sénégalais. En 2025, au moins 18 femmes ont été tuées dans un cadre conjugal. Face à la répétition des drames, la société commence à sortir du silence. Entre lacunes juridiques et blocages sociaux, étudiants et observateurs pointent un système encore insuffisant, mais en mutation.

Ce qui se passe

Les cas de féminicides sont de plus en plus visibles au Sénégal.

Ces crimes concernent majoritairement des femmes tuées par un conjoint ou un ex-partenaire, souvent dans des contextes de violence prolongée. Leur médiatisation croissante sur les réseaux sociaux et dans la presse marque un tournant.

Pourtant, sur le plan juridique, ces actes ne sont pas qualifiés comme tels.

« Le féminicide n’est pas reconnu juridiquement dans la législation sénégalaise, mais plusieurs textes permettent déjà de sanctionner ces actes, notamment à travers les qualifications de meurtre ou d’assassinat. »
Didier, étudiant en science politique

Pourquoi ça arrive

Au-delà des faits, les causes sont multiples et profondes.

Le droit sénégalais permet de sanctionner sévèrement les crimes, notamment depuis la loi de 2020. Mais il présente encore des limites.

« Le Code pénal sénégalais ne contient pas encore le terme de féminicide. Sans cette qualification, le mobile sexiste n’est pas toujours pris en compte. »
 Aimé, étudiant en droit

Les obstacles ne sont pas seulement juridiques. Ils sont aussi sociaux :

  • pression familiale et culturelle

Dans de nombreux cas, la famille joue un rôle déterminant. Lorsqu’une femme subit des violences, elle est souvent encouragée à « préserver le foyer » plutôt qu’à dénoncer. Quitter son mari peut être perçu comme une honte ou un échec, surtout dans des milieux où le mariage est fortement valorisé. Cette pression pousse certaines victimes à rester dans des situations dangereuses.

  • silence imposé aux victimes (« soutoura »)

Le concept de soutoura, très présent dans la société sénégalaise, valorise la discrétion et la préservation de l’honneur familial. Porter plainte ou exposer publiquement des violences est parfois vu comme une trahison. Résultat : beaucoup de femmes se taisent, minimisent les faits ou retirent leur plainte, ce qui empêche toute intervention efficace.

  • dépendance économique

De nombreuses femmes dépendent financièrement de leur conjoint. Cette situation limite leur capacité à partir ou à se protéger. Sans revenus stables, logement ou soutien matériel, quitter un environnement violent devient extrêmement difficile. Cette dépendance renforce le cycle de violence et l’exposition au risque de féminicide.

« La culture du silence pousse souvent les victimes à ne pas porter plainte. »
 Aimé, étudiant en droit



Qui gagne, qui perd


Les conséquences sont lourdes et durables :

des familles brisées

des enfants traumatisés

une insécurité croissante chez les femmes

Ces crimes révèlent aussi un problème plus large : une société où certaines violences restent tolérées ou minimisées.

#Societé