Les Faits
La Cour des comptes a révélé en février 2025 que la dette publique sénégalaise atteignait 132 % du PIB à fin 2024, contre 74 % annoncés par l'ancien gouvernement. Le FMI a confirmé des déclarations erronées sur les déficits et la dette couvrant la période 2019–2023. Le déficit budgétaire réel s'élevait à 13,4 % du PIB en 2024, très loin de la norme UEMOA de 3 %.
Au premier trimestre 2025, le service de la dette a atteint 822 milliards FCFA, en hausse de 24 % sur un an. Fin septembre 2025, les charges financières représentaient 22 % des recettes de l'État. Le ministre des Finances Cheikh Diba a chiffré à environ 6 000 milliards FCFA par an les besoins de refinancement du pays.
Les négociations avec le FMI ont repris. En avril 2026, le directeur de la dette publique Alioune Diouf a confirmé que les statistiques sénégalaises sont désormais alignées avec les chiffres du FMI, après des audits couvrant 2019–2024. Un nouveau programme est en cours de finalisation.
L'Analyse
La crise est le produit direct d'une décennie de gestion budgétaire opaque. L'État empruntait à des conditions avantageuses en présentant une dette sous-évaluée un mécanisme qui s'est retourné violemment contre lui. Comme le souligne l'économiste Demba Moussa Dembélé : « Les programmes du FMI apportent des ressources, mais limitent la souveraineté économique des États. » Le dilemme est structurel.
Ousmane Sonko a refusé publiquement toute restructuration de la dette, qu'il juge équivalente à déclarer la faillite du Sénégal. Mais sans programme FMI, le pays emprunte à des taux élevés sur le marché régional un cercle vicieux qui alourdit mécaniquement la charge de la dette. Selon Kako Nubukpo, économiste spécialiste de la zone franc : « Sans discipline budgétaire, les économies africaines risquent des crises plus graves. »
Pour tenter de s'en sortir, le gouvernement a dévoilé un plan de redressement en août 2025 : réduction du train de vie de l'État, taxation du numérique, du mobile money, des jeux et du foncier. Des mesures qui pèsent directement sur les ménages et les entrepreneurs.
Les Conséquences
Les perdants immédiats : Les citoyens subissent des coupes dans les dépenses sociales et une hausse du coût de la vie. Les entreprises du BTP accumulent les impayés de l'État, menaçant des milliers d'emplois. La crédibilité internationale du Sénégal reste fragilisée malgré la réconciliation des données.
Les gagnants potentiels : Les discussions avec le FMI avancent avec des données désormais réconciliées. Un accord débloquerait des financements moins coûteux et restaurerait la confiance des marchés. Le FMI reconnaît que l'économie sénégalaise reste résiliente en 2025, portée par le démarrage de la production pétrolière et gazière. Le pétrole pourrait être l'atout décisif.