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Vers une Souveraineté Monétaire : L’AES à l’heure de la Rupture Économique

Actunova Actunova
21 décembre 2025
3 min lecture
Vers une Souveraineté Monétaire : L’AES à l’heure de la Rupture Économique

Le paysage financier de l’Afrique de l’Ouest traverse une zone de turbulences historiques. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont amorcé un virage stratégique vers une sortie potentielle de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Au cœur de cette rupture : la création d’une monnaie commune.

Le Gage sur l’Or : Une Quête de Crédibilité Interne

Le désir de l'AES de se détacher du Franc CFA repose sur le concept de souveraineté monétaire. En envisageant une monnaie gagée sur leurs réserves d'or, ces États cherchent à s'affranchir de la dépendance aux devises étrangères. Contrairement au système actuel, où la parité fixe avec l’euro est maintenue par un dépôt de 50 % des réserves de change auprès du Trésor français, l'AES mise sur son sous-sol.

Le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les plus grands producteurs d'or du continent. L'idée technique est d'utiliser ce métal précieux comme actif de réserve pour stabiliser la valeur de la future devise. Dans un contexte inflationniste mondial, l'or offre une valeur intrinsèque que les marchés perçoivent souvent comme un rempart contre la dépréciation.

Le Défi de la Confiance et le Rôle de la Future Banque Centrale

L'un des piliers de la théorie de la Zone Monétaire Optimale (ZMO) est la capacité à gérer les chocs asymétriques. Sans la garantie de convertibilité illimitée du Trésor français, la nouvelle monnaie de l'AES devra bâtir sa propre crédibilité ex-nihilo.

La création d’une Banque Centrale de l’AES sera l’étape critique. Sa mission sera triple :

  1. Assurer la stabilité des prix par une politique monétaire rigoureuse.

  2. Gérer la liquidité dans un espace où les économies sont structurellement similaires (dépendance à l'agriculture et aux mines).

  3. Accumuler des réserves diversifiées (or, devises, DTS) pour rassurer les investisseurs internationaux.

La confiance ne se décrète pas ; elle se gagne par la transparence des agrégats monétaires et la discipline budgétaire des États membres.

L’Onde de Choc pour le Sénégal

Le Sénégal suit cette évolution avec une attention particulière. Le Mali est, historiquement, le premier partenaire commercial du Sénégal au sein de l'UEMOA. Une sortie du Mali de la zone CFA et l'introduction d'une nouvelle devise créeraient des frictions majeures :

  • Risque de change : Les exportateurs sénégalais (ciment, produits halieutiques, hydrocarbures) s'exposeraient à une volatilité des prix si la nouvelle monnaie de l'AES subissait une dévaluation.

  • Barrières transactionnelles : La fin de la monnaie unique renchérirait le coût des transactions transfrontalières, agissant comme une taxe invisible sur le commerce.

  • Compétitivité : Si la monnaie de l'AES est plus faible que le Franc CFA, les produits sénégalais deviendraient mécaniquement plus chers pour les consommateurs maliens, menaçant des pans entiers de l'industrie de Dakar.

Analyse Technique : Une Zone Monétaire Viable ?

D'un point de vue purement théorique, l'AES ne remplit pas encore tous les critères d'une ZMO, notamment en raison de la faible mobilité du travail et de l'intégration financière limitée entre les trois capitales. Toutefois, la convergence politique actuelle pourrait servir de catalyseur. La réussite de ce projet dépendra de la capacité de l'AES à transformer ses ressources naturelles en actifs financiers liquides et à stabiliser son environnement sécuritaire pour attirer les capitaux.


L’avenir nous dira si cette fragmentation monétaire est le prélude à une intégration régionale plus autonome ou si elle marquera le début d'une instabilité durable. Dans ce contexte, la CEDEAO peut-elle survivre à la perte de son bloc sahélien tout en maintenant ses ambitions d'une monnaie unique (l'Eco) pour l'ensemble de la région ?