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ASER–AEE POWER EPC : L'ÉLECTRIFICATION QUI N'ÉCLAIRE PAS

36,7 milliards FCFA décaissés, des centaines de villages toujours dans le noir

Actunova Actunova
17 février 2026
3 min lecture
 ASER–AEE POWER EPC : L'ÉLECTRIFICATION QUI N'ÉCLAIRE PAS

L'Essentiel

  • Une avance de 36,7 milliards FCFA versée en juin 2024 pour électrifier 1 640–1 700 villages dans cinq régions
  • Quatorze mois après le décaissement, plus de 40 % de l'enveloppe globale aurait été consommée sans contrepartie tangible
  • Le projet reste juridiquement et opérationnellement paralysé, entre enquêtes judiciaires et batailles contractuelles
  • Pourquoi ça compte : l'accès à l'électricité rurale conditionne directement la souveraineté alimentaire, la santé et l'emploi au Sénégal
Un contrat de 91,8 milliards FCFA, une avance de démarrage de 36,7 milliards décaissée, et des villages toujours plongés dans l'obscurité. L'affaire ASER–AEE Power EPC illustre crûment les failles structurelles de la gouvernance des marchés publics au Sénégal. Ce n'est pas un simple retard de chantier : c'est un test pour l'État de droit sous le nouveau régime.

Les Faits

Ce qui se passe

Le contrat, d'un montant de 91,97 milliards FCFA, a été signé le 23 février 2024 entre l'ASER et la société espagnole AEE Power EPC, via une offre spontanée, pour électrifier des villages dans les régions de Kaffrine, Kédougou, Louga, Saint-Louis et Tambacounda. L'avance de démarrage de 56 millions d'euros a été versée le 11 juin 2024, alors que les travaux n'avaient pas encore commencé.

La Banque Santander a alerté les autorités sénégalaises sur des mouvements de fonds inexpliqués. Des inquiétudes ont été soulevées sur l'utilisation de cette avance, dont 7,7 milliards FCFA versés à la SONAC pour régulariser des primes d'assurance non payées au moment de l'émission des garanties.

L'Analyse

Pourquoi ça arrive

L'attribution par offre spontanée, sans appel d'offres concurrentiel, est au cœur du problème. Ce mécanisme, légal mais risqué, réduit la transparence et favorise la capture des contrats. Les garanties produites par AEE Power EPC n'auraient pas été libérées au moment de l'émission des attestations, comme prescrit par la loi, selon l'ARCOP.

"La faiblesse des systèmes de contrôle ex-ante dans les marchés d'infrastructure africains permet des décaissements avant validation effective des garanties un risque systémique."
Mouhamadou Kane directeur général, AEE Power Sénégal SA

Les Conséquences

Qui gagne, qui perd

Les perdants immédiats : les populations rurales des cinq régions concernées, qui attendent l'électricité depuis 2022. L'avance de démarrage de 37 milliards devrait normalement électrifier plus de 500 villages ce n'est pas le cas.

Le risque financier : cette situation exposerait l'État sénégalais à un appel en garantie pour le remboursement d'un crédit en perte, pesant sur le budget national.

Les gagnants provisoires : les acteurs ayant capté l'avance sans livrer les infrastructures promises.

Perspectives

Ce qui va (probablement) se passer

Scénario 1 – Judiciaire : les auditions se poursuivent à la Section de recherches de Colobane pour démêler le factuel du polémique, avec un possible renvoi en jugement d'ici fin 2026.

Scénario 2 – Opérationnel : la levée de la suspension par la Cour suprême ouvre la voie à une reprise partielle des travaux, mais la méfiance de Santander reste le verrou principal.

Catalyseurs à surveiller : conclusions du Pôle financier de Dakar, position de la Banco Santander sur le déblocage des fonds, résultats de l'enquête espagnole.

Ce qu'il faut retenir

  • 36,7 milliards FCFA décaissés sans chantiers significatifs une défaillance de contrôle public majeure
  • La bataille juridique (ARCOP vs Cour suprême) paralyse l'exécution et prolonge la dette d'électricité des populations rurales
  • Le modèle de l'offre spontanée sans compétition est désormais sous examen sa réforme est urgente pour sécuriser les futurs marchés d'infrastructure