Depuis l'indépendance, la priorité implicite de la politique alimentaire sénégalaise est de garantir des brisures de riz à bas prix pour éviter les tensions sociales en ville peu importe qu'elles soient produites localement ou importées. Les conséquences sont lourdes : des projets rarement viables sur le plan économique et une agriculture au caractère plus social qu'économique.
La contradiction des prix :
Pour la campagne 2025-2026, le gouvernement a maintenu le prix plancher officiel de l'arachide à 305 FCFA/kg. Or les organisations paysannes estiment qu'un prix entre 350 et 500 FCFA/kg serait nécessaire pour couvrir les coûts réels intrants, transport, main-d'œuvre.
Pour le riz, le prix des brisures est maintenu à 350 FCFA/kg, contre 450 FCFA/kg en Mauritanie et 600 FCFA/kg au Nigeria pour le riz local. Cette distorsion rend la filière structurellement non rentable.
Le protectionnisme sélectif :
L'État intervient via des instruments de protection sur plusieurs filières : riz, oignon, maïs, volaille, pomme de terre, blé, viande, huile, sucre. Le gel des importations de volaille a permis un envol de la production locale mais au détriment du consommateur urbain qui paie plus cher.
Les subventions aux intrants :
Pour la campagne 2025, le gouvernement a subventionné les engrais : le sac d'urée NPK passe de 6 500 à 6 000 FCFA un soutien réel aux producteurs, mais qui alourdit le budget de l'État sans garantir que les économies se répercutent sur les prix à la consommation.
Le diagnostic de fond :
Après 50 ans de politiques agricoles, aucune solution crédible n'a été apportée aux problèmes économiques des filières : les programmes successifs incitent à produire plus, sans se soucier des débouchés ni de la concurrence internationale.