L'Essentiel
- • Le Sénégal a inauguré les 22-23 janvier 2026 à Bokhol la première centrale solaire photovoltaïque d'Afrique de l'Ouest couplée à un système de stockage par batteries de grande envergure
- • L'installation combine 16 MW de capacité solaire avec un système de stockage lithium-ion de 10 MW / 20 MWh
- • D'un coût estimé à plus de 26 milliards de francs CFA, la centrale a été développée par Africa REN
- • Pourquoi c'est important : Cette infrastructure résout un problème majeur, l'intermittence solaire, et positionne le pays comme pionnier technologique régional dans la transition énergétique
Les Faits
Ce qui se passe
La construction, réalisée par Eiffage Energie Systèmes RMT, a démarré en juillet 2024 pour une mise en service en janvier 2026. L'installation utilise des panneaux photovoltaïques monocristallins montés sur trackers mono-axe, optimisant la capture solaire. La centrale est raccordée au réseau national sénégalais et se situe à proximité immédiate de Senergy 2, un parc solaire de 20 MW mis en service en 2016.
Le système de batteries lithium-ion assure une fonction critique : réguler la fréquence du réseau électrique national. Concrètement, il compense les variations de production solaire et stabilise l'alimentation, réduisant ainsi les coupures. Le projet permettra de réduire les émissions de CO₂ de 26 600 tonnes par an, équivalent au retrait de plus de 18 000 voitures.
L'Analyse
Pourquoi ça arrive
Le Sénégal fait face à un défi de taille : électrifier 100% du territoire d'ici 2030 tout en décarbonant son mix énergétique. Le pays figure parmi les leaders africains avec une puissance installée de 1903,8 MW en 2024 dont 29,1% de la part d'énergies renouvelables. Mais l'intermittence solaire posait problème.
Le stockage par batteries change la donne. Il permet de stocker l'énergie produite en journée pour la restituer aux heures de pointe, typiquement en soirée quand la demande grimpe mais le soleil décline. Cette technologie transforme le solaire d'énergie aléatoire en source fiable et prévisible.
Le pays bénéficie d'un écosystème favorable. Le Pacte National pour l'Énergie vise à mobiliser 2,3 milliards USD d'investissements privés pour développer le secteur. Le Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (JETP), conclu en 2023 avec des partenaires européens, apporte 2,5 milliards d'euros de financement.
"l'arrivée de Walo Storage constitue un levier essentiel pour garantir une électricité stable et fiable tout en contribuant significativement à la diversification du mix énergétique national."
Les Conséquences
Qui gagne, qui perd
Les gagnants immédiats : Les 2,3 millions d'habitants de la région bénéficieront d'une électricité plus stable. Les industriels profiteront d'un réseau fiabilisé, crucial pour les investissements. Africa REN consolide sa position avec un contrat take-or-pay de 20 ans avec Senelec.
L'effet d'entraînement : Walo Storage ouvre la voie. Trois autres projets similaires sont en développement : la centrale de Kolda (60 MWc avec 72 MWh de stockage, prévue pour 2026), celle de Niakhar (30 MWc avec 45 MWh), et le projet d'Eramet à Diogo (20 MW avec 11 MWh).
Les défis persistants : Le taux d'électrification urbaine est de 97,1% contre seulement 64,5% en milieu rural. Les inégalités d'accès restent massives. De plus, la viabilité financière de Senelec demeure fragile, nécessitant une optimisation des coûts et une réduction progressive des subventions.
Perspectives
Ce qui va (probablement) se passer
Scénario 1 - Accélération : Si les trois projets en cours se concrétisent d'ici 2026, le Sénégal disposera de près de 150 MWh de stockage, devenant le hub régional de référence. Cela attirera d'autres développeurs et accélérera l'atteinte de l'objectif 40% renouvelables.
Scénario 2 - Contraintes financières : Le pays pourrait ralentir face aux contraintes budgétaires et à la dette publique élevée (76% du PIB). Les subventions énergétiques pèsent lourd. Un arbitrage difficile entre vitesse de déploiement et soutenabilité financière pourrait s'imposer.
Catalyseurs à surveiller : L'entrée en production du pétrole et gaz (projet GTA) pourrait libérer des ressources pour financer la transition. Les prochains accords du JETP et les mécanismes de l'Article 6 de l'Accord de Paris (crédits carbone) seront déterminants.
Date clé : Fin 2026, avec la mise en service prévue du méga-projet de Kolda qui doublera la capacité de stockage nationale.
Ce qu'il faut retenir
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Innovation technologique : Walo Storage démontre la viabilité du couplage solaire-batteries en Afrique de l'Ouest, ouvrant la voie à la massification
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Dynamique d'investissement : Plus de 150 millions d'euros mobilisés sur quatre projets similaires en moins de deux ans témoignent de la confiance des bailleurs
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Défis d'équité : Malgré ces avancées technologiques, 35,5% des zones rurales restent sans électricité - la révolution doit être inclusive pour réussir