Ce qui se passe
Le Mouvement national Diomaye 2029 a été officiellement lancé hier, à Dakar, lors d'une conférence de presse animée par son président, Moïse Kama. Ce nouveau mouvement se présente comme une plateforme citoyenne destinée à préparer et porter la candidature de Bassirou Diomaye Faye pour un second mandat présidentiel en 2029.
Les chiffres annoncés témoignent d'une ambition d'envergure. Le mouvement affirme disposer de relais dans plusieurs pays de la diaspora, notamment en France, en Italie, en Espagne, en Suisse, en Allemagne, en Côte d'Ivoire, au Congo-Brazzaville, au Canada et aux États-Unis. Sur le terrain, l'organisation revendique le soutien de 23 maires en exercice, 57 associations et 18 groupements d'intérêt économique.
Ce lancement survient dans un contexte de tensions persistantes entre le Président Faye et son Premier ministre. Le président Faye, dans une note datée du 11 novembre, justifie l'éviction par la nécessité de « réorganiser » la coalition afin de la rendre plus opérationnelle et structurée, nommant Aminata Touré en remplacement d'Aïssatou Mbodj. Cette décision a provoqué une riposte immédiate du PASTEF, qui conteste la légitimité présidentielle sur ce dossier.
Pourquoi ça arrive
Les racines de cette fracture sont multiples et profondes. Derrière ces frictions affleure une question plus fondamentale : celle de la légitimité politique. Sonko rappelle constamment que Faye lui doit son accession au pouvoir, laissant planer l'idée qu'il aurait dû occuper le palais présidentiel.
Le contexte économique amplifie ces tensions. Le pays fait face à une dette record équivalent à 132 % de son PIB, tandis que le FMI a suspendu un programme d'aide de 1,8 milliard de dollars après la découverte de plus de 11 milliards USD de dettes cachées. Dans ce contexte délicat, les investisseurs scrutent chaque signal de stabilité politique.
La bataille pour le contrôle de la coalition "Diomaye Président" constitue le terrain d'affrontement principal. Pour Faye, elle représente un instrument stratégique d'émancipation face à la tutelle de Sonko et du PASTEF. Pour Sonko, c'est une menace existentielle : la coalition du président pourrait être pour lui un instrument politique, une plateforme électorale, au cas où il aurait des envies de se représenter en 2029.
Cette configuration crée un paradoxe institutionnel inédit. Le président contrôle la légitimité constitutionnelle mais le Premier ministre Sonko bénéficie d'un fort charisme et du soutien massif de Pastef, parti qui détient 130 sièges sur 165 à l'Assemblée nationale.
Qui gagne, qui perd
À court terme, Faye obtient une victoire tactique. Le lancement du Mouvement Diomaye 2029 lui offre une structure parallèle au PASTEF, réduisant sa dépendance vis-à-vis de Sonko. Les 36 547 adhérents constituent une base de départ, même si elle reste modeste face à l'objectif d'un million de membres visé par le PASTEF.
Les perdants immédiats sont multiples. Les partenaires internationaux, notamment le FMI, observent avec inquiétude ces divisions au sommet. Les négociations sur le programme de 1,8 milliard de dollars restent au point mort. Les investisseurs privés adoptent une posture attentiste, retardant des décisions cruciales pour l'économie.
À moyen terme, la population sénégalaise risque de payer le prix fort. Dans un contexte national sensible et sous le regard attentif des partenaires internationaux, le Sénégal ne peut durablement se permettre une gouvernance à deux rythmes. Les réformes économiques promises diversification des partenariats, révision des contrats pétroliers nécessitent une coordination sans faille entre la présidence et la primature.
Les cadres ministériels se trouvent dans une position intenable, contraints de naviguer entre deux pôles de pouvoir antagonistes. Cette confusion institutionnelle ralentit l'action publique et érode la crédibilité de l'exécutif.