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L'économie de la guerre : quand la paix n'est plus rentable

Les 100 plus grands marchands d'armes ont encaissé 679 milliards de dollars en 2024 un record absolu.

Actunova Actunova
10 mars 2026
3 min lecture
L'économie de la guerre : quand la paix n'est plus rentable

L'Essentiel

  • L'industrie mondiale de l'armement affiche un chiffre d'affaires record en 2024, tiré par Gaza et l'Ukraine.
  • Les États-Unis, avec 334 milliards de dollars, captent la moitié de ce marché à eux seuls.
  • Les entreprises israéliennes ont progressé de 16 % pendant que Gaza brûlait.
  • Pourquoi ça compte : Tant que la guerre sera rentable, elle sera entretenue. C'est un fait économique, pas une théorie du complot.
Sur les réseaux sociaux, tout le monde a vu les images : les hôpitaux bombardés, les enfants déplacés, les civils sous les décombres. Pourtant, pendant que ces images circulaient, quelqu'un faisait ses comptes. En 2024, les 100 plus grandes entreprises d'armement du monde ont vendu pour 679 milliards de dollars de matériel militaire. Plus que le PIB de la Suisse. La guerre n'est pas seulement une tragédie humaine. C'est un modèle économique.

Les Faits

Ce qui se passe

En dix ans, les revenus des 100 premiers marchands d'armes ont bondi de 26 %. En 2024, ils ont progressé de 5,9 % supplémentaires poussés par les conflits en Ukraine et à Gaza. Les États-Unis dominent avec 334 milliards de dollars, soit près de la moitié du total mondial. En Europe, les 26 premières entreprises ont vu leurs revenus grimper de 13 %. Au Moyen-Orient, les trois groupes israéliens ont engrangé 16,2 milliards de dollars en hausse de 16 % malgré les critiques internationales.

L'Analyse

Pourquoi ça arrive

L'économie de la guerre est un marché. Elle a ses fournisseurs, ses clients, ses chaînes d'approvisionnement. Chaque conflit génère une demande : munitions, drones, missiles, systèmes de défense. Et cette demande, contrairement à d'autres marchés, ne connaît pas de récession. Plus les tensions durent, plus les commandes s'accumulent.

Ce n'est pas nouveau. En 1961 déjà, le président américain Eisenhower avait mis en garde contre la montée d'un "complexe militaro-industriel" une alliance entre industrie de défense, lobbies et décideurs politiques capable d'entretenir les conditions qui la nourrissent.

"Les revenus mondiaux des fournisseurs d'armes ont atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré, les producteurs ayant capitalisé sur une forte demande."
Lorenzo Scarazzato Chercheur, Programme armement du SIPRI, décembre 2025

Les Conséquences

Qui gagne, qui perd

Qui gagne : Lockheed Martin, RTX, Northrop Grumman, BAE Systems, Rheinmetall. Leurs actionnaires. Les États exportateurs d'armes. Les fonds d'investissement qui financent leur expansion.

Qui perd : Les civils ukrainiens, palestiniens, soudanais, sahéliens. Les budgets sociaux des pays en guerre. Et l'Afrique, qui absorbe les crises sans jamais avoir commandé les armes qui les alimentent.

Perspectives

Ce qui va (probablement) se passer

Scénario 1: Statu quo lucratif : Les conflits s'éternisent. Les commandes continuent. Les budgets militaires mondiaux approchent les 3 000 milliards de dollars d'ici 2026.

Scénario 2: Pression citoyenne : Les opinions publiques, informées par les réseaux sociaux, imposent des restrictions aux exportations d'armes. Mais les lobbies militaro-industriels restent puissants.

Ce qu'il faudrait surveiller : Les votes au Conseil de sécurité de l'ONU, les lois d'exportation d'armes en Europe, les prochaines élections dans les pays producteurs.

Ce qu'il faut retenir

  • L'économie de la guerre rapporte 679 milliards par an à une poignée d'entreprises. Ce chiffre suffit à expliquer pourquoi elle persiste.
  • L'indignation mondiale, amplifiée par les réseaux sociaux, n'a eu aucun effet sur les carnets de commandes des armementiers.
  • Tant qu'il n'y aura pas de coût économique réel à faire la guerre, il y aura toujours quelqu'un pour la financer.